Ταμείο αλληλεγγύης φυλακισμένων και διωκόμενων αγωνιστών

A propos de la Caisse de Solidarité avec les personnes en lutte emprisonnées et poursuivies

Dans le monde réel ainsi que dans la réalité sociale, tout acte devient concret quand, depuis la sphère théorique, il est replacé dans le contexte qui l’environne. Afin que le besoin d’exister, et par conséquent de soutenir – ou non – la caisse de solidarité avec les personnes en lutte emprisonnées ou poursuivies, devienne à son tour tangible, nous devons considérer à chaque instant donné la conjoncture socio-politique mais aussi à quel stade de maturité se trouve le milieu révolutionnaire.

La caisse s’est créée en 2010, dans un contexte où d’un côté se déchaînait une violente restructuration capitaliste au travers de la « crise économique » et où de l’autre, avec l’expérience récente de l’explosion sociale de décembre 2008, le milieu radical vivait une phase d’activité foisonnante, exprimant la rage sociale spontanée. C’est dans ces conditions où, d’une part, la restructuration systémique englobait une remise à niveau capitaliste et une immunité législative des privilègiés et où, d’autre part, la mobilité de l’ensemble des personnes en lutte engendrait une agressivité multiple (depuis la forte solidarité ouvrière, les affrontements massifs, les occupations de bâtiments et de lieux publics, les actions directes collectives, jusqu’aux actions révolutionnaires armées), qu’a été soulevée la question autour des dizaines de prisonniers politiques. Des prisonniers politiques qui, à cause de la révision des lois antiterroristes et du complexe judiciaro-répressif, et en fonction toujours de l’intensification de l’action révolutionnaire même, faisaient désormais face à des lourdes et longues poursuites judiciaires. Il s’agissait-là d’une situation sans précédent pour la majorité du milieu radical de la période post-junte1. L’intensité et la durée semblaient être les caractéristiques particulières à ce contexte. C’est dans ce cadre-ci que s’est créée la Caisse de Solidarité, plaçant comme but premier le soutien cohérent et régulier de tous ceux poursuivis ou emprisonnés pour leur action subversive et leur participation aux luttes sociales.

Au début, le but principal de cette structure était la garantie de conditions de vie dignes pour les compagnons enfermés au travers d’une démarche provenant du milieu et qui porterait la dimension matérielle un pas en avant par rapport aux liens familiaux et de compagnons/amis proches. En outre, parmi les priorités des personnes qui constituent la caisse, demeurent les gestes concrets de solidarité, la création de liens de communication entre ceux dedans et dehors et l’intensification de luttes communes dans et hors les murs.

Toutes ces années d’existence de la caisse, au-delà du soutien économique, nous intervenons politiquement par le biais d’événements, de présentations de livres, d’éditions et de traductions de livres ou de textes de prisonniers. De plus, la caisse prend en charge l‘édition et la publication du périodique « Détruisons la Bastille » qui comprend des textes de prisonniers et a pour but la diffusion de leur discours. En parallèle, toutes ces années où les personnes en lutte enfermées se battent avec des mouvements et des grèves de la faim contre les peines vengeresses, les mises à l’isolement, les transferts et les tortures, nous tentons d’intervenir en parole et en acte contre l’horreur de l’enferment.

La caisse de solidarité avec les personnes en lutte emprisonnées ou poursuivies est une structure à l’échelle nationale formée d’assemblées individuelles par ville. L’assemblée de chaque ville fonctionne de manière autonome, décidant et planifiant actions, événements et discussions concernant tant les prisonniers politiques que la question de l’enfermement dans les bagnes contemporains. Chaque trois mois, les membres de ces groupes locaux se retrouvent dans l’assemblée panhellénique de la caisse, laquelle est publique et se tient dans une des villes qui la constituent. Sont discutés dans cette assemblée des questions d’ organisation et les perspectives de la structure. Des décisions sont prises quant à des événements, des publications de livres/textes et des actions qui peuvent être soutenus et faire ressortir les buts de la caisse. Les décisions se prennent de manière horizontale et égalitaire, au-delà des logiques de compétition et de hiérarchie, dans un cadre d’élaboration commune et suivant un échange politique parmi ses membres, loin des pratiques de majorité et d’assignation.

Dans le but de couvrir les besoins économiques de la structure, mis à part diverses éditions, nous organisons par ailleurs plusieurs événements de soutien économique. Néanmoins, cette structure ne pourrait être pérenne sans le soutien de compagnons et de groupes extérieurs à celle-ci et qui voient son existence et sa continuité comme nécessaire et indispensable. Le soutien des efforts de la caisse, surtout par les groupes avec leur participation aux assemblées locales ou encore par le biais d’une contribution économique cohérente, est considéré d’une importance cruciale.

En outre, le soutien venant de compagnons de l’étranger est très important. Il développe d’un côté le sentiment de solidarité et d’interaction avec des groupes et des organisations à l’échelle internationale et de l’autre, aide en substance et concrètement la structure dans son effort de couvrir les besoins quotidiens des prisonniers. Une préoccupation première de ses membres est donc de conserver et de renforcer les liens internationaux en tentant de créer un réseau mais aussi de rendre collectives les résistances tant en-dehors qu’entre les murs. Cette démarche comprend la communication et l’organisation d’événements à l’étranger, ainsi que l’hébergement de rencontres et de compagnons ici respectivement.

La caisse soutient des personnes en lutte qui sont poursuivies et enfermées pour leur participation à des luttes sociales et de classe, pour leur action subversive dans le cadre de la lutte révolutionnaire multiforme. Elle soutient de plus des compagnon-ne-s qui se sont retrouvés en prison et sont accusés pour des faits qui, en apparence, ne sont pas reliés immédiatement à des luttes sociales, mais dont l’identité politique les renvoie clairement au milieu radical. De plus, quand la féroce répression étatique criminalise les relations amicales/familiales/de compagnons, la solidarité tout court, nous choisissons de soutenir ces personnes qui ont fait face avec dignité et ont été ciblées pour leurs liens. Néanmoins, une condition indispensable et non-négociable pour le développement d’une relation dialectique de soutien est la non-collaboration avec les autorités durant l’arrestation et la détention, ainsi que de reconnaître une communauté de lutte, loin de logiques hostiles et de guerre au sein et contre cette dernière.

En parallèle, nous ne pourrions pas ne pas être solidaires avec de cas précis de détenus de droit commun qui se sont liés avec le milieu révolutionnaire au sein de la prison et continuent de lutter avec dignité pour de meilleurs conditions de vie dans les geôles, aux côtés de tous ceux qui mettent en avant l’importance de créer des liens entre les luttes dans et hors les murs.

De plus, nous voyons comme très important le soutien politique et concret envers les immigrés qui, le but étant de les déchoir de leur existence même, sont systématiquement considérés comme illégaux par les Etats et emprisonnés dans des camps de concentration. Dans cette direction, nous essayons d’aider matériellement les différentes initiatives en place et nous cherchons à entrer en relation avec de telles structures. Car, par dessus-tout, nous sommes contre toute forme d’enfermement et nous continuerons ainsi à lutter aux côtés de tous ces derniers.

Enfin, mis à part la caisse de soutien économique régulier des détenus, une caisse parallèle est tenue pour aider à couvrir immédiatement des cas urgents, tels des frais de justice et des cautions, dans la mesure du possible et à la condition qu’elle soit réapprovisionnée dans un laps de temps raisonnable.

Aujourd’hui, quelques années plus tard, nous sommes appelés à examiner une fois de plus les conditions qui forment le décor environnant qui s’éclaircit et de réorganiser le soutien cohérent par le mouvement des personnes en lutte enfermées en des termes et des buts également clairs. La restructuration capitaliste qui s’exprime à travers une attaque globale de ceux d’en-haut contre le spectre social entier, tend à devenir ici une constante. Il est désormais clair que peu importe les changements de couleur et de nom de ceux qui gouvernent, la mise en place de stratégies imposant une grande pauvreté et la misère, le cannibalisme social et la répression étatique, constituent la seule voie pour le monde du capital et de l’inégalité qu’il produit. Conjointement, la concession à une gestion « de gauche » s’efface. Tous ceux appartenant aux couches sociales les plus basses comprennent petit à petit toute l’importance que constitue leur organisation propre afin de faire face – matériellement aussi – aux besoins qui surviennent. Le milieu révolutionnaire, dont nous faisons parti, montre qu’il comprend les limites de cette spontanéité qui l’a nourri et l’a mis sur le devant de la scène les dernières années, mais qui reste insuffisante pour alimenter un changement social global. Il montre qu’il mûrit et se concentre dans des structures organisées qui sont l’image d’un milieu. Nous observons ainsi d’un côté une tentative continue et absolue des classes privilégiées d’imposer toujours plus d’inégalité et de contraintes et, de l’autre, un monde de lutte qui cherche à la contre-attaquer de manière organisée. Par une simple opération mathématique, il est entendu que le nombre déjà important de personnes poursuivies et enfermées restera tel quel – si ce n’est qu’il augmentera -, constituant une problématique réelle à affronter pour les pans en lutte qui tendent à se dire – mais aussi à agir – de manière révolutionnaire.

Après toutes ces années, avec des poursuites judiciaires et des mises en détention incessantes, nous jugeons que l’existence de la caisse reste d’actualité et indispensable. Une petite pierre de plus dans la mosaïque formant les luttes multiformes contre les prisons et qui nous exhortent à agir contre un des piliers les plus importants du système d’oppression et d’exploitation. Contre le crime de l’enfermement qui reproduit les inégalités de classe, la peur et la soumission.

Jusqu’à la destruction de la dernière des prisons

NOUS SOUTENONS LES PERSONNES EN LUTTE EMPRISONNÉES MATÉRIELLEMENT-MORALEMENT-POLITIQUEMENT

 

1 On parle en Grèce de metapolitefsi pour désigner les années suivant la chute de la Junte des Colonels en 1974.